Financer le logement des ménages exclus du marché formel en Afrique
Juillet 2026
Edito
Lever les freins structurels afin de massifier l’accès au logement abordable pour tous
L’Afrique fait face à une crise du logement d’une ampleur sans précédent. Le déficit est estimé à plus de 51 millions d’unités en Afrique subsaharienne, et le continent devra accueillir 1,4 milliard d’urbains d’ici 2050. Dans ce contexte, les filières de financement formelles ne touchent qu’une fraction de la population : le taux de profondeur hypothécaire moyen reste inférieur à 3 % du PIB, et la pénétration des prêts au logement ne dépasse 9 % dans aucun pays de la région. Entre 50 et 80 % du parc résidentiel urbain africain est auto-construit, hors de tout cadre réglementé non par choix, mais comme réponse rationnelle à l’échec des systèmes formels.
L’atelier Finance Africa We Want du 24 avril 2026 a réuni une vingtaine de participants chercheurs, institutionnels, opérateurs immobiliers, entrepreneurs de la fintech, urbanistes et architectes pour identifier les instruments pertinents et les conditions de passage à l’échelle du financement du logement des ménages exclus du marché formel. Les échanges ont fait émerger cinq orientations pistes opérationnelles.
Le modèle hybride public-privé s’impose comme la seule voie réaliste. Ni le marché seul, ni l’État seul ne peuvent résoudre la crise du logement africain. Les intervenants convergent sur un partage précis des rôles : l’État assume la responsabilité stratégique (sécurisation foncière, viabilisation, cadre réglementaire stable), tandis que le secteur privé apporte son efficacité d’exécution et sa capacité d’innovation. Ceci, à condition que les risques soient distribués de manière cohérente entre puissance publique, institutions financières de développement et opérateurs privés.
La formalisation des revenus informels constitue un préalable incontournable. La grande majorité des ménages africains exclus du crédit ne le sont pas faute de capacité de remboursement, mais faute de traçabilité de leurs flux financiers. La digitalisation de l’épargne populaire formalisation de la tontine, paiement par mobile money, scoring alternatif ouvre la voie à une bancarisation progressive et à l’éligibilité au crédit habitat.
La subvention directe à l’acquéreur surpasse la subvention à l’offre. Le programme marocain Daam Sakane en est la démonstration la plus aboutie : avec 72 000 bénéficiaires et 30 milliards de dirhams de logements acquis à fin octobre 2025, il préserve la logique de marché pour le promoteur tout en rendant solvable l’acquéreur. Ce modèle est transposable dès lors qu’une institution de gestion robuste (de type Caisse des Dépôts) en assure le pilotage.
Le refinancement à long terme doit être massivement renforcé. Les institutions de microfinance habitat ne peuvent proposer que des durées autour de 3 ans sans ressources longues. Dans ce contexte, émergent des instruments prometteurs comme celui de la CRRH-UEMOA et son premier social bond dédié au logement, à 60 milliards FCFA avec programme de titrisation de prêts hypothécaires résidentiels (ZAKA-RMBS) ; ou encore avec la NMRC nigériane et ses 228 millions de dollars sécurisés.
La capitalisation de ces nouveaux instruments doit toutefois être significativement accrue pour peser sur les volumes en jeu, d’autant que le continent dispose de 600 milliards de dollars d’actifs dans ses fonds de pension un capital long encore largement sous-exploité.
De nouveaux véhicules d’acquisition groupée et de location-vente émergent. Tylimmo en Côte d’Ivoire et Kajom Capital au Sénégal (FONSIS/SFI, lancé en mai 2026 avec un objectif de 20 000 logements sur dix ans) achètent des logements en volume auprès de promoteurs puis les proposent en location-vente aux ménages éligibles. En mutualisant le risque face aux banques et en formalisant les parcours d’accès, ces instruments dessinent une « troisième voie » entre le crédit hypothécaire inaccessible et l’auto-construction non financée.
Les cinq orientations qui ont émergé de l’atelier mettent en lumière les principaux leviers identifiés pour accélérer le financement du logement abordable en Afrique. Le présent document détaille les instruments évoqués, les conditions de leur passage à l’échelle, et formule un appel à l’action adressé aux États, aux institutions de développement, aux CDC, au secteur privé et aux professionnels du cadre bâti.
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