Repenser l'éducation à partir des réalités africaines

Entretien avec Fiona Ngima, représentante de la National Union of Sierra Leone Students (NUSS).
Comment construire un système éducatif qui prépare les jeunes à relever les défis de leur société ? Pour Fiona Ngima, la réponse passe par une éducation plus ancrée dans les réalités locales, une participation accrue des étudiants aux politiques publiques et une coopération internationale fondée sur le dialogue et la co-construction. Dans cet entretien, elle revient sur les missions de la National Union of Sierra Leone Students (NUSS), partage sa vision de la décolonisation de l'éducation et explique comment les partenariats entre l'Afrique et l'Europe peuvent produire des solutions concrètes
1. La National Union of Sierra Leone Students représente les étudiants de tout le pays. Quelles sont aujourd'hui vos principales priorités ?
Notre organisation représente les étudiants de Sierra Leone et défend leurs intérêts auprès des pouvoirs publics. Notre mission est d'améliorer la qualité de l'enseignement supérieur, de promouvoir les droits des étudiants et de les préparer à devenir des acteurs du développement économique et social de leur pays.
Nous faisons toutefois face à plusieurs défis : garantir un accès équitable à une éducation de qualité malgré des ressources limitées, rapprocher les formations des besoins du marché du travail et veiller à ce que la voix des étudiants soit réellement prise en compte dans les processus de décision. Le Youth Action Lab nous a permis de renforcer les capacités de nos jeunes leaders et d'encourager des approches plus innovantes pour répondre à ces enjeux.

Vous défendez une vision de la décolonisation de l'éducation. Que recouvre cette notion ?
Pour nous, décoloniser l'éducation consiste à repenser les programmes et l'environnement d'apprentissage afin qu'ils reflètent davantage nos réalités, notre histoire et nos systèmes de connaissances.
Lors du International Student's Summit, nous avons constaté que de nombreux programmes d'enseignement reposent encore largement sur des études de cas et des théories occidentales qui ne répondent pas toujours aux réalités économiques et sociales de nos pays. Nous pensons qu'il est essentiel de valoriser les savoirs locaux, de reconnaître les connaissances autochtones et d'encourager une lecture critique des récits dominants.
Notre ambition est simple : permettre à chaque étudiant de se reconnaître dans ce qu'il apprend et de percevoir son propre avenir à travers son parcours éducatif.

Selon vous, comment la coopération entre organisations africaines et européennes peut-elle produire un impact concret ?
Une coopération efficace ne peut pas reposer sur un simple transfert de connaissances. Elle doit s'appuyer sur le respect mutuel, le dialogue et la co-construction.
Nous l'avons expérimenté lors du International Student's Summit. Plutôt que d'inviter des partenaires internationaux à intervenir uniquement comme experts, nous avons créé de véritables espaces d'échange où chacun pouvait partager son expérience et apprendre des autres.
Cette dynamique peut ensuite se traduire de manière très concrète : en développant des projets de recherche communs sur des enjeux comme le climat ou la transformation numérique, en créant des Policy Labs où des organisations étudiantes élaborent ensemble des recommandations destinées à l'Union africaine et à l'Union européenne, ou encore en mettant en place des programmes structurés d'échange de bonnes pratiques. Chaque organisation apporte une expertise différente, et c'est cette complémentarité qui permet de construire des réponses plus pertinentes face aux défis communs.





