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La transformation des territoires : une vision de transition

Dernière mise à jour : 7 mai 2025


Mario Pezzini
Mario Pezzini

Nous vivons dans une période que certains appellent un "interrègne", un concept emprunté à Antonio Gramsci qui décrit une situation où "le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres". Ce moment de transition est celui dans lequel nous sommes plongés aujourd'hui, un moment où il faut envisager un changement de paradigme territorial.


L'illusion des grandes villes et de la productivité


Pendant des décennies, la Banque mondiale et d'autres organisations internationales ont soutenu que la concentration des populations dans les grandes villes favorisait la productivité et la croissance. 

Le rapport sur le développement dans le monde (World Development Report) de 2009 préconisait d'ailleurs de construire des infrastructures pour accélérer l'urbanisation et amener le plus grand nombre de personnes dans les grandes villes. Cependant, des villes comme Mexico, qui comptait 5,5 millions d'habitants à la fin des années cinquante, en compte aujourd'hui 24 millions. 


La taille de ces villes rend les déplacements quotidiens impossibles. Le problème principal de la taille des grandes villes est la congestion, qui nuit à leur vie et aussi à leur productivité.


Une étude de l’OCDE réalisée sur 78 villes de plus d’un million d’habitants montre que la productivité urbaine augmente avec la taille des villes jusqu’à atteindre 6 millions d'habitants, puis elle diminue, car la congestion prend le dessus. La concentration dans de grandes villes atteint rapidement ses limites en termes de croissance de la productivité.

 

L'idée erronée d'abandonner les territoires


D’autres, à la suite de la Banque mondiale, considèrent qu’il ne faut plus faire de politique territoriale. Mais cela revient à ignorer que l’on ne peut pas penser les territoires comme un simple aménagement passif. 


L’aménagement du territoire, dans cette vision classique, consiste simplement à gérer l'existant, mais ce qu'il faut, c'est transformer développer les territoires. 


Les petites et moyennes villes et les zones rurales comme lieux de transformation


Certaines petites et moyennes villes ont montré leur capacité de développement. Ainsi, en Espagne, des villes comme Elche dans la fabrication de chaussures de sport ou Castellón de la Plana dans la 

production de céramique sont devenues d’importants centres industriels.


L'Italie a également des districts industriels, comme dans le nord-est du pays, où des milliers de petites entreprises très spécialisées, souvent familiales, ont permis le développement d'industries compétitives. Il ne faut donc pas s’arrêter à la vision selon laquelle seules les grandes villes prospèrent.


Les zones rurales également changent. Autrefois associées à l’agriculture, elles se diversifient aujourd'hui. L’agriculture ne représente plus que 5% de l’emploi dans les zones rurales des pays OCDE. Le reste provient de diverses industries et activités économiques qui émergent, démontrant une réelle transformation des territoires ruraux.


Les limites des grandes villes et la renaissance urbaine


D'autres grandes villes sont en déclin, comme Détroit aux États-Unis ou certaines villes en Europe. En revanche, certaines villes parviennent à se réinventer, comme Bilbao en Espagne. Bilbao, qui avait un chômage de 35% dans les années 1980, est devenue un exemple de renaissance urbaine grâce à des politiques territoriales adaptées.


Repenser la politique territoriale


La politique à inspiration néoclassique des années 1980, basée sur la privatisation, la libéralisation et la flexibilité du travail, n’a pas permis de réduire les disparités entre les territoires. Il est donc nécessaire de penser à une nouvelle politique territoriale en s’appuyant sur les ressources locales. Ce changement ne peut pas venir d'une seule autorité centralisée, comme cela s'est souvent vu, mais d'une gouvernance plus inclusive, où les décisions prennent en compte la diversité des territoires et leurs ressources propres.


Les territoires comme lieux de coopération et d'innovation


L'innovation territoriale ne peut fonctionner qu'en s'appuyant sur les savoirs locaux, qui ne sont pas concentrés dans une seule entité. Il faut donc miser sur la coopération entre les territoires pour réussir cette transformation. Les décisions ne peuvent pas être prises uniquement à l’échelle nationale, sans consulter les acteurs locaux comme les maires, les entreprises, les syndicats et les citoyens qui sont les véritables moteurs de cette innovation.


Mario Pezzini 

Conseiller spécial auprès de l’UNESCO

 
 

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